Architecture Pourquoi abat-on les cloisons ?

Et si un mur ne servait pas seulement à séparer ?
Depuis quelques années, la rénovation semble avoir trouvé sa formule magique : supprimer les murs.
Cuisine ouverte, couloir supprimé, petites pièces fusionnées : tout paraîtrait plus grand.
Mais faut-il vraiment supprimer ce qui sépare pour gagner de l’espace ?

L’obsession de l’espace ouvert

L’open space domestique est devenu un modèle presque incontournable.
La cuisine ouverte est devenue synonyme de convivialité. Le séjour doit être traversant. Les circulations doivent être fluides. Les perspectives doivent aller le plus loin possible.

Cette recherche d’ouverture répond évidemment à de vraies évolutions dans nos manières de vivre. On cuisine, on travaille, on reçoit et on regarde la télévision dans des espaces qui se chevauchent davantage.
Mais à force de vouloir tout réunir, on finit parfois par produire des espaces qui ne savent plus très bien où commencent et où s’arrêtent leurs usages.
Une grande pièce n’est pas nécessairement plus généreuse qu’une succession de pièces.
Tout dépend de ce que l’on cherche à y faire.

Un mur n’est pas qu’un obstacle

Une cloison sépare.
Mais elle peut aussi cadrer une vue, créer une intimité, absorber un bruit, dissimuler un rangement, guider une circulation ou simplement donner une profondeur à une pièce.
Elle peut créer un seuil entre deux espaces. Elle peut empêcher de voir immédiatement ce qui se trouve derrière. Et cette part de mystère n’est pas nécessairement un défaut.

Entrer dans une pièce et découvrir progressivement son volume n’est pas la même expérience que de tout percevoir en un seul regard.
La séparation peut donc produire de l’espace autant que l’ouverture.

Ouvrir peut aussi appauvrir

Abattre une cloison permet souvent de gagner quelques mètres carrés visuellement.
Mais que perd-on en échange ?

Une porte permet de fermer.
Un couloir permet de ralentir.
Une petite pièce permet de s’isoler.
Une cloison peut créer un arrière-plan.

Elle peut aussi simplement donner à chaque usage un endroit qui lui appartient.
Lorsque tout devient visible depuis partout, l’espace peut perdre une partie de sa hiérarchie.

La cuisine n’est plus vraiment une pièce. Le bureau devient un coin du salon. L’entrée disparaît dans la pièce de vie. Tout communique, mais plus rien ne semble vraiment avoir son propre territoire.
L’espace ouvert peut être généreux mais il peut aussi devenir indifférencié.

Séparer sans enfermer

Entre le mur plein et l’espace totalement ouvert, il existe pourtant une multitude de possibilités.
Une porte vitrée, une verrière, une claustra, une bibliothèque traversante, un rideau, une demi-cloison, une porte coulissante, un changement de matériau ou de niveau.

Ces dispositifs permettent de filtrer plutôt que de séparer complètement.
On peut laisser passer la lumière sans laisser passer les regards.
Créer une limite sans créer un enfermement. Fermer lorsque l’on en a besoin, ouvrir lorsque l’on en a envie.
C’est parfois dans cette capacité à être plusieurs choses à la fois que l’espace devient véritablement intéressant.

Projet Mandala #17, Atelier Kutsch, crédit photo, Benjamin Plet

Projet Cocktail Noyer #32, Atelier Kutsch, crédit photo, Benjamin Plet

Le retour des pièces ?

Il est d’ailleurs intéressant de voir réapparaître certaines envies de séparation.
Après des années d’espaces ouverts, la question du bureau séparé, de la cuisine qui peut se fermer ou de la bibliothèque comme véritable pièce revient dans les projets.
Ce n’est pas nécessairement un retour en arrière.

C’est peut-être simplement la reconnaissance d’une évidence : nous n’habitons pas tous les espaces de la même manière, ni au même moment.
Un même logement doit pouvoir accueillir la conversation et le silence, la réception et l’intimité, le travail et le repos.
Et parfois, une porte est exactement ce qu’il faut.

Le plan parfait n’est pas celui qui possède le moins de murs

Un bon plan n’est donc pas celui qui maximise systématiquement l’espace ouvert.
Il est celui qui comprend ce qui mérite d’être réuni et ce qui mérite d’être séparé.
Une cuisine peut avoir besoin d’être ouverte sur le séjour.
Une chambre a peut-être besoin d’une porte.
Un bureau peut être visible sans être au milieu du salon.
Une entrée peut être petite mais avoir une véritable existence.

L’architecture ne consiste pas simplement à additionner des mètres carrés. Elle consiste à organiser des relations : entre les pièces, entre les usages, entre les personnes et entre les différents moments de la journée.

Ne pas démolir par principe

Dans une rénovation, la démolition est parfois nécessaire.
Mais elle ne devrait jamais être une fin en soi.
Avant de se demander « qu’est-ce qu’on peut abattre ? », il serait peut-être plus intéressant de commencer par demander : « Qu’est-ce que cette cloison apporte ? »
Si elle ne sert plus à rien, supprimons-la.
Si elle empêche la lumière, transformons-la.
Si elle gêne la circulation, déplaçons-la.
Mais si elle crée une intimité, cadre une perspective ou donne simplement du caractère à l’espace, peut-être mérite-t-elle de rester.
Car rénover ne signifie pas nécessairement faire disparaître ce qui existe.

« La question n’est peut-être pas de savoir combien de murs il faut abattre. Mais lesquels méritent réellement de disparaître.

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